Avis principal par Beldaran
Les éditions naBan poursuivent l’enrichissement de leur catalogue avec l’ajout d’œuvre singulière et attendue, ce qui est le cas du one-shot, L’amour de Belladonna publié le mois dernier, qui nous permet de découvrir le travail de Ruu1mm. Il s’agit d’un recueil de trois histoires, très différentes qui dévoilent des amours lesbiens plus ou moins oniriques et plus ou moins contrariés qui surtout mettent en lumière les choix que nous faisons afin d’être nous-même mais aussi ceux que nous imposons aux autres, pensant agir pour leur bien.
Le premier récit est le plus récent (2024) et le plus développé. Il donne son titre au recueil, titre qui correspond merveilleusement bien à la tonalité de l’histoire. Ainsi, sous la forme d’un conte se déploie la triste existence de la jeune Bella, maudite par sa grand-tante qui en voulant la protéger, la condamne à tuer tous les êtres qu’elle touche : seul un amour sincère pourra la libérer. L’arrivée de la jeune peintresse Anna, fascinée par les herbes toxiques, transforme son quotidien. Il est intéressant de noter que le premier croquis que lui présente Anna est une baie de belladone, plante associée aux sorcières dès le moyen âge. Le lien que tisse les jeunes femmes est touchant et doux. Néanmoins, elles se débattent avec leurs propres démons. Anna qui rêve de vivre de sa peinture, pense enfin avoir trouvé un mécène mais la réalité est douloureuse tandis que Bella est hantée par sa malédiction mais persiste à aller de l’avant jusqu’au choix d’Anna. J’ai apprécié toute la métaphore autour de la chevelure de Bella. Il faut savoir trancher et se saisir de son propre destin. La narration emprunte sa structure au conte jusqu’à sa morale finale. L’ambiance glisse de la mélancolie vers le bonheur simple. C’est beau et le dessin s’accorde parfaitement à l’atmosphère. Le trait est éthéré. Les décors ont des contours flous, mouvants et évoquent un univers hors du temps. Le travail sur les cheveux de Bella est très intéressant. Le découpage est classique mais il y a de très belles idées de mises en scène, dont certaines planches sont percutantes.
La première histoire frappe fort donc on s’attend à ce que les autres suivent et c’est le cas dans des registres différents, que ce soit dans le propos, plus moderne ou dans le dessin. Les deux récits nous entrainent dans le cadre scolaire et s’incarnent autour des choix des personnages.
Himeko est une écolière fan d’un manga dont le personnage principal ressemble au prince de sa classe, Tamako, une jeune fille serviable qui porte l’uniforme des garçons et qui aime le même manga qu’Himeko. Cet élément les rapproche et leurs échanges bousculent leurs habitudes. Encore une fois, Ruu1mm questionne les apparences mais aussi le fait de ne pas avoir honte de nos passions, tout en évoquant les premières désillusions amoureuses.
Le dessin est plus marqué, avec un trait plus assuré et surtout ça chatoie presque à chaque case avec des explosions de rose : c’est mignon tout plein.
Le dernier récit est le plus court et le plus onirique dans sa forme comme dans son propos avec un final doux-amer. Je l’ai trouvé percutant grâce à son dessin où les traits sont plus appuyés, et le jeu avec les noirs est vraiment bien fait. La force de ce court récit réside dans son dessin qui raconte l’essentiel de l’histoire : une nuit dans un club de natation. Cette dernière histoire est fascinante et clôt merveilleusement bien le recueil.
Trois récits, trois ambiances différentes, portés par des thématiques communes : c’était beau, c’était émouvant. J’espère pouvoir lire d’autres œuvres de l’autrice.
L’édition est agréable. Le papier est souple, même si légèrement transparent et la qualité d’impression est bonne. La couverture reprend la simplicité de la japonaise mais j’avoue avoir un peu de mal avec la typographie du logo de l’éditeur qui tranche avec celle, très simple, du titre. Oui, je pinaille. J’ai apprécié la traduction de Angélique Mariet qui s’adapte parfaitement aux trois atmosphères disparates des histoires. Le lettrage effectué par Elsa Pecqueur est très soigné.
En conclusion
L’amour de Belladonna est un recueil, riche de trois histoires variées, qui nous transporte dans des univers différents où s’épanouissent des sentiments complexes, grâce à des personnages touchants et un dessin soigné.
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