Avis principal par Beldaran
En 2024, Ladybird vous présentait avec enthousiasme, le one-shot Touching your Night qui nous faisait découvrir le travail de Moyori Mori. Les éditions Taifu poursuivent la publication de l’œuvre de l’autrice avec sa dernière série en date, si on fait abstraction de l’histoire supplémentaire autour de Touching your night publiée en 2024 mais inédite en France.
En revanche, le titre ne compte qu’un seul tome pour le moment par conséquent l’attente s’annonce longue. Totalement subjuguée par la beauté de la couverture, j’ai succombé au charme du récit.
Le jeune Rita vit dans un village isolé dans la montagne, village qui suit une règle singulière, tous les 20 ans, ses membres envoient une jeune femme ou un jeune homme auprès du dragon. Mais le garçon anticipe la demande des villageois et s’offre au dragon de la montagne, même si ces derniers n’existent dans la mémoire humaine que sous forme de légende terrifiante. Par conséquent, le postulat est assez classique : un jeune humain est offert en offrande à la mystérieuse créature habitant la montagne mais, ce qui est appréciable, c’est que Moyori Mori prend le temps de poser son récit. La narration est lente car s’appuie avant tout sur le ressenti, la psychologie des personnages, d’abord Rita et par petite touche Ignat, le fameux dragon. Au fil des pages, on sent qu’on est partie pour une longue histoire, voilà pourquoi il est frustrant de constater qu’un seul tome est disponible au Japon.
Rita est orphelin, en plus il a des marques sur le visage qui font qu’il a été ostracisé par les villageois sauf par une personne dont on comprend petit à petit la place qu’elle a occupé dans son existence. Rita, alors qu’il chemine vers son destin, le dragon, est rongé par la tristesse et la solitude, solitude qui se heurte à celle beaucoup plus profonde d’Ignat, faut dire que ça fait des décennies qu’il traine ses écailles sur les sommets.
Les deux hommes se découvrent lentement, suivant un rythme qui leur convient, par petits gestes, petites attentions puis péripétie qui explique le désespoir d’Ignat qui possède assez de force de caractère pour ne pas céder à celui de Rita. Mine de rien, le petit humain arrive à se faire une place dans la caverne et le lien entre les deux hommes se tisse lentement mais sûrement.
Les dessins sont magnifiques. La finesse du trait sert à merveille pour l’expressivité des personnages mais surtout pour les costumes et autres objets du quotidien. Je ne l’ai pas encore écrit mais Rita appartient à un peuple qui fait fortement écho à celui des samis, nomades qui vivaient de l’élevage des rennes avant que la Suède et la Norvège n’enclenchent une colonisation à marche forcée. Bref, j’ai vraiment aimé le soin apporté aux différentes textures des tissus et des parures. D’ailleurs, n’hésitez pas à jeter un œil sous la jaquette. Le découpage est assez classique mais il y a de belles idées de mise en scène.
L’édition est agréable : un papier souple, très légèrement transparent et une bonne qualité d’impression. J’aurais aimé une illustration couleur pour profiter encore plus du travail de Moyori Mori. La traduction de Nicolas Pujol est comme toujours aussi plaisante.
Fiche réalisée grâce au service de presse des éditons Taifu.
En conclusion
Bride of Ignat signe une entrée en matière réussie, dépaysante, toute en douceur, superbement illustrée dont il me tarde de connaître la suite.
User Review
0 (0 votes)