Avis principal par Beldaran
En septembre 2024, les éditions Akata nous proposaient de découvrir le manga, Un Comptable à la Cour, un boy’s love isekai, dessiné par Kazuki IRODORI depuis 2020 et qui compte actuellement sept volumes au Japon (et en France). Nous avons eu droit à la diffusion, sur Crunchyroll, en début d’année de l’adaptation animée, intitulée, Isekai Office Worker: The Other World’s Books Depend on the Bean Counter qui fut plutôt décevante.
Par conséquent, la publication dans la collection Young Novel des éditions Akata du roman, a été une agréable surprise. Je pensais que c’était une trilogie mais un quatrième volume est sorti au Japon, un tome bonus ?
Le volume correspond plus ou moins aux quatre premiers tomes du manga, manga que j’apprécie et dont j’attends les volumes avec impatience. J’avais beaucoup d’attente et la lecture s’est révélée sympathique mais sans plus. C’est la seconde fois que je trouve le light novel en-deçà de son adaptation manga, coucou My Happy Marriage.
Après avoir lu le manga et regardé la série animée, j’avais une bonne idée de l’histoire donc je m’attendais à avoir plus de détails, surtout sur la psychologie des personnages. Seichirô est un salarié abruti par le travail, il ne vit que pour ça, rien d’autres n’existe : boulot, boulot, boulot. En bref, c’est la tristesse absolue. Un jour alors qu’il est autorisé à rentrer plus tôt, il assiste à un phénomène étrange, une lycéenne boulotée par un vortex et paf, isekai.
L’originalité du titre, réside dans la personnalité de Seichirô, comptable lambda, sans capacité surhumaine qui atterrit dans un autre univers par erreur et en plus, son corps réagit mal. Il reste égal à lui-même, il veut travailler. Ce point est déjà agaçant dans le manga, le gars se tue littéralement au travail. Il ne connait rien d’autres. Le travail est-il un devoir ? Vous avez 4 heures. La quasi-totalité des réflexions de Seichirô autour du travail est agaçante, voire crispante et surtout plus digeste en manga. Les personnages qui gravitent autour de lui sont choqués par sa façon de faire et on sent que l’équilibre est difficile à trouver, même si Aresh le séduisant ténébreux capitane de la troisième compagnie le marque à la culotte. La relation qui se développe entre les deux rentre dans le trope, proximité forcée. Je m’attendais à ce que les rapprochements soient plus développés dans le roman et pas du tout, du moins pour le moment, les scènes érotiques sont évoquées mais pas vraiment montrées. Seichirô subit cette relation, tout en en tirant profit donc cela donne une sensation étrange, sachant qu’Aresh devient de plus en plus investi.
Celle qui évolue le plus est la lycéenne Yua, bombardée dans un monde magique, protégée, choyée et qui doit sauver le royaume. Elle se sent fière, investie d’une mission. Elle peut apparaître comme ingrate mais c’est une adolescente qui n’a pas cerné tous les contours de son rôle dans ce monde. Seichirô essaie de lui ouvrir les yeux et de la protéger à sa façon.
Je reviens sur l’aspect comptable qui est tout de même la force du récit, par le pouvoir des tableaux Excel ! Non. Seichirô est compétent avec les chiffres et rapidement soulève une armada de lièvres : les finances du royaume sont dans le rouge et tout le monde s’en fout. Il remet de l’ordre en proposant des plans chocs et entre dans le collimateur du chancelier, tout heureux d’avoir gratté un nouveau jouet efficace. Par les yeux du comptable on découvre un univers de fantasy classique mais l’originalité vient du fait que nous l’abordons de façon pragmatique, via les chiffres.
Ce premier tome fait office d’introduction solide dans l’exposition de l’univers et la présentation des personnages tout en soulevant des interrogations qui donnent envie de connaitre la suite. La narration est bien rythmée : cela se lit vite et bien.
J’en arrive au point que m’a dérangé, la traduction ou tout du moins le niveau de langage. La traduction est assurée par Clément Lauley et je ne sais pas s’il a échangé avec le traducteur du manga David Pollet. Bref, j’ai eu un souci avec les dialogues : des nobles ne peuvent pas parler comme une personne du XXIe siècle. Les propos d’Aresh, ce n’est pas possible, tous ces termes modernes qui parasitent régulièrement ses dialogues, raahhh. Le décalage entre les dialogues familiers et les descriptions en langage soutenu m’a sorti de l’histoire à plusieurs reprises. Je suppose que c’est comme ça dans le roman original mais à la lecture c’est assez pénible.
Sinon, du côté de l’édition, le volume est souple et agréable à prendre en main. La mise en page aérée offre une lecture agréable. Nous avons droit à une petite présentation des personnages au début ce qui est plutôt sympa.
Les illustrations qui ponctuent le roman sont dessinées par Kikka Ohashi et illustrent les moments forts entre Seichirô et Aresh. Le hic, j’ai une nette préférence pour les dessins de Kazuki Irodori (manga) qui propose une vision de Seichirô correspondant plus à son âge et à son usure.
En conclusion
Un comptable à la cour est le premier roman BL isekai publié en France. Il propose une approche originale du thème en projetant un comptable lambda dans un autre monde : les chiffres vs la magie ! Une lecture sympathique.
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