Semaine du Shôjo 2023 : Le shôjo abordant la condition féminine que vous préférez

Publié le
Semaine du Shôjo 2023 : Le shôjo abordant la condition féminine que vous préférez

Le printemps commence à s’installer et nous avons eu le plaisir d’être invitées par Club Shôjo à participer à leur fameuse Semaine du Shôjo 2023 qui se déroule cette année du 24 au 30 avril. C’est une première pour nous et cela nous fait vraiment plaisir !

Chaque année, Club Shôjo invite plusieurs blogs et chaînes YouTube à mettre en avant des shôjo, et plus largement des shôjosei/yaoi, sur un thème commun. C’est donc une très belle opportunité et cela montre que la communauté shôjo se serre les coudes afin de mettre en avant le shôjo et sa diversité. Mais ce n’est pas tout, puisque durant cette semaine, Club Shôjo publie un article différent par jour mettant le shôjo à l’honneur, que nous vous invitons à aller regarder (voici le programme).

Le thème de cette année est le suivant : « Le shôjo abordant la condition féminine que vous préférez ». Vous l’aurez sans doute remarqué, mais ce thème rejoint un peu le sujet de notre dernier podcast qui mettait en avant des femmes fortes, courageuses et devant faire face à la pression de la société. Vous trouverez ci-dessous les titres que chacune de nous a décidé de mettre en avant pour cette Semaine du Shôjo 2023.

La proposition de Beldaran

Le thème 2023 de la semaine du shôjo est très intéressant et vaste « Le shôjo abordant la condition féminine que vous préférez », voilà pourquoi, j’ai choisi de le détourner, un peu.

Après réflexion, il m’a semblé pertinent de m’attacher à la manière dont les autrices mettent en scène les pressions sociales et familiales que subissent leurs personnages féminins et surtout la façon dont elles les dépassent.

J’apprécie les œuvres où ces pressions sont exploitées de manière métaphoriques, à l’image de La Princesse Iguane, court récit écrit en 1992 par Moto Hagio. Le one-shot a été publié en France aux éditions Glénat dans le volume Rêverie de l’Anthologie Moto Hagio.

Moto Hagio Anthologie
Moto Hagio Anthologie - De la rêverie
Moto Hagio Anthologie - De l'humain

Dans cette histoire, une mère rejette sa fille aînée, qu’elle perçoit comme une iguane. Ce rejet violent est intégré par la jeune fille, persuadée de ne pas être humaine.

Dans ce cas, l’enfant est une déception pour la famille qui n’en attend rien et ce dernier se libère grâce à une rencontre ou par le biais d’une coupure nette avec le membre de la famille détestable.

Je regrette que l’histoire ne soit pas un peu plus longue mais l’acceptation de ne pas être humaine, d’être en décalage avec la société, est bien retranscrit et surtout la manière dont elle s’en sort, en étant bien entourée, de personnes qui sont à son écoute.

Si ce récit permet d’examiner le rejet familial, je souhaitais surtout aborder les pressions sociales mais il me semblait important de vous parler de Moto Hagio, on ne parle pas assez de Moto Hagio. Connaissez-vous Le Clan des Poe ? J’arrête.

Toute cette introduction, pour vous présenter un de mes coups de cœur de 2021, d’une grande justesse dans son propos et qui traite les pressions sociales, Daruchan, publié aux éditions du Lézard Noir. Ce one-shot tout en couleurs nous a permis de découvrir le travail de Lemon Harouna qui est revenue chez l’éditeur en septembre 2022 avec son premier titre, Je vais être maman !.

Daruchan

L’autrice aborde de manière simple mais non simpliste les différentes pressions sociales qui touchent les femmes dans le monde de l’entreprise mais aussi dans la sphère privée. Grâce à un artifice, faussement fantastique, Lemon Haruna dévoile le quotidien singulier de Narumi Maruyama, une employée intérimaire ordinaire de 24 ans, qui se surnomme Darumi Daruyama. Nous découvrons la manière dont elle affronte ses journées, grâce à une armure, constituée de collants et de maquillage qui lui permet de se fondre dans la masse. Car c’est bien là le propos, ce déguisement lui permet de ne rien laisser dépasser dans le cadre rigide de la société et particulièrement celui du monde du travail. D’ailleurs, il me semble qu’il y a un proverbe japonais qui dit que pour chaque clou qui dépasse, il existe un marteau.

L’autrice décortique l’univers de l’entreprise avec justesse. Narumi y effectue souvent des tâches ingrates qui mettent en lumière la place des femmes dans ce milieu et notamment leurs rapports aux hommes. On ne peut qu’être touché, par cette jeune femme qui est animée par une volonté de bien faire mais qui se laisse étouffer sans s’en rendre compte. Elle ne vit pas. Elle doute, tout en suivant le courant.

Extrait Daruchan
Daru-chan © Lemon Haruna (2017)

Son salut vient d’une collègue qui lui prête un ouvrage de poésie. La carapace se fend. Elle peut être elle-même durant ces quelques instants. L’effet est lent, la prise de conscience subtile mais Narumi semble avoir trouvé sa voie. Il est très plaisant de l’observer s’ouvrir au monde qui l’entoure grâce au feu d’une passion nouvelle qui lui offre de nouveaux horizons et qui surtout la guide, vers de nouvelles expériences.

L’histoire est simple, sans fioriture et s’articule autour d’un personnage touchant qui se transforme au fil des pages. Le récit sonne juste car le ton reste résolument sincère. J’ai été marquée par la lecture des deux dernières pages qui clôturent superbement l’histoire d’une femme simple, comme il en existe tant.

« Dans la vie, il arrive plein de choses qu’on n’aurait même pas imaginées. La souffrance et le désespoir ne nous lâcheront pas pour autant, mais au bout du long chemin parcouru, on trouvera de l’espoir et on trouvera du bonheur. J’en ai la certitude. C’est pour ça qu’on peut continuer de vivre. Oui, on peut continuer de vivre. »

La proposition de ladybird3000

Pour moi, ce thème de « shôjo abordant la condition féminine » me fait penser à une lecture récente qui aborde la place de la femme dans la société et en particulier dans le monde du travail. Cette lecture n’est autre que & – And de Mari Okazaki. Il s’agit d’une série josei qui a débuté en 2010 dans le magazine Feel Young des éditions Shôdensha. Elle est terminée en 8 volumes et est disponible en France aux éditions Kana.

And T1
& - and - Vol.2
And T3

Tout d’abord, Mari Okazaki est une autrice que j’ai découverte il y a quelques années, et dont plusieurs titres sont parus aux éditions Delcourt. Chacun de ses titres que j’ai eu l’occasion de lire arrivait à me toucher et à éveiller des émotions en moi, malgré des personnages parfois très différents. La narration évoquait à chaque fois une sorte de mélancolie douce-amère, et il a fallu presque 10 ans pour que l’autrice revienne dans nos contrées (appel aux éditeurs : s’il vous plait, n’attendez pas encore 10 ans pour publier d’autres titres !).

Avec & -And, l’autrice nous fait découvrir Kaoru, une jeune femme de 26 ans qui travaille en tant que secrétaire médicale intérimaire. Elle aime son travail, mais elle rêve de pouvoir ouvrir un salon de manucure nocturne permettant aux femmes qui travaillent de pouvoir prendre soin d’elles durant un bref instant de détente après une dure journée. Mais en tant que femme, elle peine à trouver une agence qui accepte de lui louer un local. Et malgré tous ses efforts, elle peine à faire reconnaître son entreprise naissante.

Extrait And
& © Mari Okazaki (2010)

Au travers de Kaoru, nous découvrons une jeune femme pleine de bonne volonté, qui ne rechigne pas devant la tâche et qui met tous ses efforts dans son rêve. Elle ne laisse pour autant pas de côté son travail principal et donne tout, que ce soit dans son travail de jour ou dans son travail de nuit. Au Japon, sûrement plus qu’en France, la position des femmes au travail peut être difficile, avec un manque d’estime ou des propos et gestes déplacés. Ici, cela est malheureusement le cas, puisque Kaoru se prend des reproches sur le fait qu’elle est remplaçable, sur le fait qu’elle n’arrivera jamais à mener à bien son entreprise, ou encore elle essuie des actes déplacés par ses collègues masculins. Il y a également la situation personnelle de Kaoru qui va être abordée, puisqu’à son âge, elle est toujours célibataire. Son entourage lui reproche notamment de mettre trop d’énergie dans son projet professionnel et pas assez dans sa vie personnelle.

Ce que j’ai aimé dans cette série, ce sont les personnages profondément humains que l’autrice arrive à dessiner. Kaoru en particulier, qui porte de nombreuses blessures mais qui va quand même de l’avant. On la dit naïve, mais malgré cela, elle ne renonce jamais et prend sur elle pour avancer dans la direction qu’elle a choisie. En cours de route, elle peut changer de chemin, mais elle va toujours mettre tous ses efforts dans ce qu’elle entreprend. Comme dans ses autres œuvres, la mélancolie se fait ressentir, l’autrice nous propose des passages emprunts de poésie, qui défilent sous nos yeux émerveillés. La force de ses personnages est communicative et nous ne pouvons que nous y attacher.

« En étant authentique, en étant franc, on peut aller partout ! Comme une fleur qui virevolte. »

La proposition de Maccha

Le thème « Le shôjo abordant la condition féminine » m’a fait penser aux mangas sur le thème du handicap chez les femmes, peut-être parce que c’est un sujet qui me concerne personnellement, et notamment au titre Josée, le tigre et les poissons. Il s’agit à l’origine d’une nouvelle écrite par Seiko Tanabe publiée en 1984 et qui a été adaptée en un beau film d’animation réalisé par Kotaro Tamura et qu’on a pu découvrir dans les salles françaises en juin 2021, ainsi qu’en un manga en deux tomes publié chez nous dans la collection Moon Light des éditions Delcourt/Tonkam.

Josée, le Tigre et les Poissons T1
Josée, le Tigre et les Poissons T2

C’est une belle histoire avec un message positif et une bonne alchimie entre les deux personnages principaux, une jeune fille en fauteuil roulant et un étudiant qui doit s’occuper d’elle. Le manga bénéficie de jolis graphismes à la fois doux et expressifs de Nao Emoto que l’on connaît en France avec la série Fragments d’elles chez les éditions Pika et qu’on retrouve plus récemment avec Blooming Girls chez Delcourt/Tonkam, et qui a également conçu les designs originaux des personnages pour le film.

Bien qu’elle a du caractère et une imagination débordante, Josée est au départ une fille plutôt craintive et qui n’ose pas se projeter dans le futur à cause de son handicap. Elle a une vie plutôt recluse auprès de sa grand-mère un peu sur-protectrice qui a peur de la sortir entre le regard des autres et les dangers du monde extérieur. Petit à petit, grâce à sa rencontre avec Tsuneo, son horizon s’élargit et elle s’attache à ce jeune homme qui devient en quelque sorte son gardien. Cependant elle va devoir faire face à des épreuves difficiles et apprendre à vivre sans dépendre des autres.

Extrait Josée, le Tigre et les Poissons
Josee Project © Nao Emoto / Seiko Tanabe (2020)

Le sujet du handicap est traité avec justesse, en montrant les difficultés auxquelles on peut faire face mais en restant toujours optimiste. On ne cherche pas à provoquer de la pitié mais plutôt montrer qu’on peut réaliser ses rêves malgré tout et c’est agréable de voir une jeune fille handicapée gagner en confiance et devenir autonome.

La proposition de Zwitzwit

La Fleur Millénaire est un shôjo qui a une place particulière dans mon cœur et pourtant lors de sa sortie en 2013 (chez feu Kazé) je n’étais pas des plus emballées. Le thème des jeux de pouvoirs ne m’intéressait pas beaucoup. Cependant j’ai été fortement influencée et je me suis lancée à la découverte de ce titre, que j’ai finalement adoré notamment grâce à l’héroïne. C’est un shôjo de Kaneyoshi Izumi à qui l’on doit également le très bon Called Game dont l’héroïne est également une femme au caractère bien trempé.

La Fleur Millénaire T1
La Fleur Millénaire T2
La Fleur Millénaire T3

Dans La Fleur Millénaire, on suit Aki, fille d’empereur, qui est complètement ignorée et laissée à l’abandon par son père qui lui préfère son demi-frère, fils de sa seconde épouse. Aki n’a aucune fortune ni d’accès à l’éducation mais à force de volonté, elle parvient à se faire former aux 7 arts, qui développent des compétences réservées aux princes, tant sur le plan physique que sur le plan intellectuel. Aki, grâce à cette formation et sa volonté de fer, se montre nettement plus compétente et domine largement son demi-frère ce qui devrait théoriquement lui permettre l’accès au trône. Cependant son père, afin de protéger l’héritage de son fils tout en éloignant Aki du pouvoir et de ses possibles partisans, l’envoie dans un autre royaume afin de sceller une alliance. Avant de partir à l’étranger, sa mère, malade et affaiblie, est assassinée. Elle fera tout pour venger la mort de sa mère, et se lance donc dans de dangereux jeux politiques qui l’amèneront bien au-delà de la simple vengeance.

Extrait La Fleur Millénaire
JOOU NO HANA © Kaneyoshi Izumi (2008)

Aki est donc dépeinte comme une femme qui combat les dictas imposés à son genre. Elle s’instruit, se montre supérieure aux hommes dans des domaines qui leurs sont habituellement réservés notamment la politique et la stratégie militaire. Elle refuse de laisser des hommes décider de sa vie à sa place.

Elle brille donc par deux aspects : le premier étant sa force et son indépendance, elle restera maîtresse de ses choix et de sa destinée et ne s’en laissera pas détourner, même par amour. Aki combat tout ce qu’on impose aux femmes : le manque d’éducation, les mariages imposés, une rôle de génitrice, une vie de second plan.

Le second, découlant du premier, est qu’Aki excelle dans des domaines traditionnellement masculins comme l’art de la guerre notamment. L’intelligence et les compétences de stratège d’Aki sont plusieurs fois mises en avant tout au long de l’histoire. Toutefois elle n’est pas présentée comme une héroïne parfaite et sans défauts, elle commet des erreurs dont elle sort grandie, même si elle a des facilités sa formation n’est pas facile, elle fait souvent face à des choix difficiles, exigeant des sacrifices.

Cette héroïne battante, avec ses forces et ses faiblesses est précisément le genre de personnages que j’apprécie suivre dans les mangas et qui s’était fait plutôt rare, mais qui heureusement fait son retour sur le devant de la scène shôjo. La romance est juste, bien développée sans être mièvre mais elle n’est pas le point central de l’histoire. Les complots et les jeux politiques sont très bien écrits et pensés, la mangaka ne tombant jamais dans la facilité et ne se perdant pas dans la complexité des méandres des stratégies politiques. C’est un shôjo qui stimule notre intellect pour tenter de dénouer les fils de l’intrigue et dont la romance, émouvante fait battre notre cœur. J’ai versé ma petite larme en fermant le dernier tome.

Pour aller plus loin

Vous pouvez découvrir les articles sur ce même thème proposés par les blogueur(se)s et vidéastes ayant répondu à l’appel (les liens seront ajoutés au fur et à mesure) :

Publié par

Bungaku Shôjo. Rédactrice et dévoreuse de manga en tout genre. Mangas préférés : Nana, Fruits Basket, Mars, Le Sablier, Kids on the Slope, Cat Street, Life, FMA, Pandora Hearts, Barakamon, Yotsuba et bien d'autres. Animes préférés : Air Tv, Clannad, Hanbun no Tsuki, Your lie in April, Another, Blood+...

4 commentaires au sujet de « Semaine du Shôjo 2023 : Le shôjo abordant la condition féminine que vous préférez »

  1. Un josei que j’adore lire en ce moment et depuis quelques années est « Corps Solitaires », certes cette histoire me parle énormément car j’ai vécu la même chose que l’héroïne, mais la voir changer ce qui ne va pas tout en se battant pour sauver son couple, mais aussi évoluer professionnellement m’a énormément plu ; même si ce manga s’attarde avant tout sur la relation du couple.
    Le tome 8 vient juste de sortir après des mois d’attente, trop hâte de le lire.

    J’adore aussi Entre les Lignes.

    Un manga dont j’attends la suite mais je n’y crois plus, c’est Sayonara Miniskirt, sur le harcèlement d’une idole, mais aussi son envie de se dissimuler en s’habillant en homme pour ne plus être persécutée.

  2. Coucou ^^
    Tout d’abord, merci beaucoup d’avoir accepté de participer ♥ C’est un très bel article !
    A l’occasion, j’essaierai d’écouter votre podcast mentionné !

    Je me retrouve dans pas mal des titres que vous avez choisis. Que ce soit And ou même Daruchan ! Mais également les autres ^^ Ces deux titres m’ont particulièrement touchée.

    La fleur millénaire est trop méconnu, c’est tellement dommage qu’on ne puisse plus se procurer les tomes :'(

    Il n’y a que Josée que je n’ai pas encore lu mais j’en entends tellement de bien que j’aimerais me laisser tenter (arf, le plus dur c’est de trouver du temps pour pouvoir le faire !)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.